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Blogueuse invitée: Laura Osman - tenir tête aux médias

06/11/2018

Tenir tête aux médias : pourquoi?

J’ai une confession à faire. J’ai participé à la prolifération de « fausses nouvelles ».

Je n’en suis pas fière. En tant que journaliste, au contraire, c’est honteux.

En 2015, j’ai ajouté par erreur un zéro à un chiffre d’importance capitale dans un article rédigé pour la CBC, laissant ainsi croire que les contribuables municipaux déboursaient chaque année 10 millions de dollars à la Galerie d’art de l’Alberta, alors qu’il s’agissait de 1 million.

Cette coquille me hante encore. Je ne voulais pas sournoisement tromper les lecteurs ni attirer des clics. Mais c’était quand même une fausse nouvelle qui a circulé jusqu’à ce que la correction soit apportée.

C’est en partie des situations comme celle-là qui ont poussé le Parlement britannique à bannir le terme la semaine dernière.

Les parlementaires ont jugé qu’il s’agit d’un terme « mal défini et trompeur qui englobe différents types de fausses informations, allant de l’erreur honnête jusqu’à l’ingérence politique étrangère dans les processus démocratiques ».

En d’autres mots, le Parlement a conclu qu’une erreur de bonne foi et qu’une histoire montée de toutes pièces, ça ne revient pas au même.

Le terme est de plus en plus utilisé pour s’opposer à la liberté de presse, comme un cri de guerre attaquant le milieu journalistique au grand complet.

Le réflexe, quand on se fait attaquer, c’est d’être sur la défensive.

En tant que journalistes, l’à-peu-près ne saurait nous contenter, tant personnellement que professionnellement. À voir les médias traditionnels ainsi tournés en dérision, on pourrait imaginer que les journalistes se considèrent comme irréprochables.

C’est totalement faux.

Certains chroniqueurs prophétisent déjà l’arrivée de la rhétorique des fausses nouvelles dans l’environnement médiatique canadien, surtout depuis que le chef du Parti conservateur fédéral, Andrew Scheer, a annoncé dans une lettre ouverte à la population qu’il comptait « tenir tête » aux médias.

Nous n’avons pas encore atteint des sommets « trumpesques » en matière de conflits entre les médias et la classe politique, alors comment s’assurer de ne jamais atteindre ce seuil de division critique? Je vous invite à suivre le conseil de Scheer : tenez tête aux médias.

Exercez votre sens critique lorsque vous lisez, et ne vous contentez pas de l’à-peu-près. Si vous constatez une coquille (comme un zéro de trop), signalez-la-nous. Si vous pensez que la couverture d’une nouvelle est tendancieuse, formulez une plainte à l’ombudsman ou écrivez à la rédaction.

La CBC a joint les rangs du groupe Trust Project et s’est ainsi engagée à divulguer des renseignements sur divers facteurs touchant la fiabilité des nouvelles publiées. Si nous ne satisfaisons pas cette exigence, avertissez-nous!

Les journalistes ne sont pas irréprochables. Je ne le suis certainement pas. Le terme « fausse nouvelle » a peut-être perdu tout son sens après être passé dans le broyeur du discours politique, mais notre travail doit continuer de passer le test de l’esprit critique et de la rigueur.

 

Laura Osman est journaliste à l'hôtel de ville de CBC Ottawa. Dans le cadre de la Semaine éducation médias.