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Dissocions l’insécurité alimentaire et le gaspillage alimentaire.

Poule devant un poulailler - Ferme Aube aux champs
23/03/2017

Je réfléchis beaucoup à l’insécurité alimentaire de ces jours-ci.

 

En tant qu’agricultrice en mode établissement, je vis avec mes deux enfants et mon conjoint sous le seuil de faible revenu (tel qu’établi par Statistiques Canada) pour la première fois de ma vie. En argent, nous sommes pauvres, mais en alimentation, notre vie est des plus riches.

Nous élevons un troupeau de 50 vaches-veaux, environ 40 cochons se retrouvent sur nos pâturages pendant les saisons chaudes, notre poulailler abrite 50 poules pondeuses à l’année, deux vaches laitières sont des nôtres, et nous avons un jardin de famille trop ambitieux pour la main d’œuvre disponible pendant la saison des récoltes. Pour les denrées que nous ne produisons pas nous même, nous sommes membres de groupes d’achat et nous achetons en vrac, en quantité quasi-industrielle. Nous congelons nos viandes, nos légumes, nos fromages. Nous déshydratons ou mettons en conserve ce qui peut l’être. Et dans la mesure du possible, nous mangeons ce qui est en saison.

 

Nous avons fait le choix d’être pauvre en argent pour être riche en temps avec nos jeunes enfants, en air frais, en alimentation. Ce n’est pas un choix facile, et c’est sûr que les frustrations de ce boulot agricole peuvent faire poindre des regrets quand l’eau des abreuvoirs gèle, quand les animaux s’évadent près des grandes routes, quand les semaines se font longues et les fins de semaines n’en sont pas. Mais c’est un choix tout de même.

Souvent lorsque nous parlons d’insécurité alimentaire dans les villes, les solutions proposées cherche à redistribuer les denrées, que ce soit par l’entremise de banques alimentaires, de réfrigérateurs collectifs ou de cuisines collectives. Ce sont de belles initiatives qui répondent à des besoins très réels et pressants, et qui sont mis en œuvre par des individus plein de cœur. Il nous faut, par contre, assurer l’agentivité des citoyennes et citoyens, afin de favoriser les possibilités d’agir, de transformer, d’influencer.

 

Je crois dur comme fer qu’il faut dissocier nos efforts pour mettre fin au gaspillage alimentaire et nos efforts pour atténuer l’insécurité alimentaire.Si moi je choisi de refuser un revenu (emploi salarié) pour planter et récolter moi-même les repas de ma famille, je tiens à ce que tous celles et ceux qui font le choix contraire puisse choisir les aliments qu’elles et ils désirent, des aliments sains et culturellement appropriés pour leurs familles. 

Oui, mettons fin au gaspillage alimentaire.

Mettons fin à la précarisation du travail et à la défavorisation économique qui mène trop souvent à l’insécurité alimentaire aussi.

 

Écrit par : Josée Madéia Cyr-Charlebois. Ferme Aube aux champs/Grazing Days Farm.

Josée vient  d’Ottawa. Elle a une maîtrise en sociologie et a œuvré pour la promotion et la défense des droits dans le milieu communautaire et dans des instituts de recherche. Elle s’intéresse à la dimension politique de la souveraineté alimentaire, et à la politique tout court.

Elle a consacré ses premiers étés à la ferme à l’établissement d’un jardin de famille, des poules pondeuses, et à la culture d’une petite parcelle de blé. Dans les années à venir, Josée va accroître la production de blé pour lancer une entreprise de transformation et trouver des façons d’incorporer sa formation en développement communautaire ici à la ferme.