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Expériences BPO - Blogueuse invitée : Sarine

26/06/2019

La Bibliothèque publique d’Ottawa sert la totalité de la ville d’Ottawa. Notre clientèle est donc diversifiée : tous les clients interagissent avec la BPO d’après leurs propres expériences, ce qui influence la façon dont ils utilisent les services et ce qu’ils pensent de la bibliothèque. Dans cette série, la BPO demande à ses clients de s’interroger sur leur relation avec elle – pourquoi visitent-ils la BPO, pourquoi est-elle importante pour eux et les communautés, quels changements prévoient-ils pour elle? Sarine répond ici à cette question : quelle est votre expérience avec la BPO?

« Si je perdais ma bibliothèque, j’aurais toujours le métro et l’autobus. Un billet le matin, un billet le soir et je lirais les visages ».

   - Marcel Jouhandeau

J’ai grandi au Liban en baignant dans la culture arménienne, un environnement qui a teinté mon existence et m’a rendue forte. Mes grands-parents ont survécu au génocide arménien, et j’ai moi-même eu à fuir le Liban en guerre pour trouver refuge en Syrie, à Chypre et, enfin, au Canada. Ayant étudié les politiques de migration et de diaspora, et ayant travaillé régulièrement auprès des immigrants et des réfugiés depuis 2008, j’ai l’impression d’avoir bouclé la boucle, en quelque sorte.

 

Depuis mon enfance, la lecture est mon refuge; en période de chaos et d’instabilité, c’est à la bibliothèque que je me réfugiais. Mes tout premiers souvenirs se rattachent aux livres, à l’écriture et aux bibliothèques, où mon amour de la lecture s’est développé. Il y a eu les bibliothèques communautaires et publiques de Beyrouth et d’Alep, la majestueuse bibliothèque du pensionnat arménien à Nicosie et la Bibliothèque de l’Acadie, maintenant disparue, qui se trouvait juste à côté de mon école secondaire à Montréal.

 

C’est à la Bibliothèque de l’Acadie que j’allais passer mes après-midi à la fin des classes. Les bibliothécaires, techniciens et assistants m’ont vue grandir et ont fini par me connaître. Je chérirai à jamais les conversations interminables que j’y ai eues avec des gens de tous horizons et de toutes opinions. Pendant que Claude, un intellectuel réservé d’une quarantaine d’années, garnissait les rayons, l’adolescente que j’étais se tenait toujours à proximité pour bavarder et aider au classement des livres. Nous parlions de politique, de philosophie et de cinéma. Quand j’avais 16 ans, Claude m’a fait découvrir le Cinéma de Paris et, malgré sa connaissance limitée de l’anglais, les écrivaines Anita Brookner, Iris Murdoch, Willa Cather et Barbara Pym. D’autres personnes se joignaient parfois à nos conversations dans les allées : Michel, un éternel étudiant de l’UQAM, Isabelle, une chaleureuse et généreuse Chilienne qui étudiait en enseignement, et même la bibliothécaire en chef, qui ne pouvait que condamner ma présence continuelle d’un air sévère.

 

Vous l’aurez deviné : mon premier emploi, je l’ai décroché dans une bibliothèque. J’étais aide-bibliothécaire au collège où j’étudiais. Je gagnais 5,15 $ de l’heure et je commençais à 7 h les vendredis où je n’avais pas de cours. J’ai adoré ce travail. En tant qu’avide lectrice, je rêvais de devenir bibliothécaire pour être entourée de livres, dans un monde d’imagination et d’idées, et pour transmettre ma passion.

 

Aujourd’hui, la visite de bibliothèques publiques figure toujours sur ma liste de choses à faire en voyage. Parfois c’est par pur hasard, d’autres fois c’est prévu. Lors de mon dernier voyage dans la Grosse Pomme, en 2000, j’ai passé plus de temps à la New York Public Library qu’à tout autre endroit. En 2013, je suis allée à Ottawa durant la fin de semaine de la fête de la Reine, et je me suis retrouvée à la succursale Centrale de la Bibliothèque publique d’Ottawa. Moins de six mois plus tard, mon emploi m’amenait à déménager dans la région. Depuis, la BPO joue un rôle important dans mon intégration. Bien que la BPO diffère un peu – en taille et en ambiance – des autres bibliothèques que j’ai fréquentées, elle est elle aussi un espace communautaire, qui présente des programmes, événements et innovations sociales, ainsi qu’un vrai terrain de jeu pour les anthropologues, qui peuvent y observer les mêmes usagers jour après jour.

 

Je vois la Bibliothèque comme un lieu de rencontre. On y croise aussi bien des passionnés de lecture, de nouveaux arrivants et de jeunes parents que des personnes âgées, des professionnels en pause dîner et des citoyens à la recherche d’un refuge et de contacts humains. Comme les autres bibliothèques publiques, la BPO ne se cantonne pas dans le prêt de documents, elle favorise également l’apprentissage et crée des liens. Les différentes succursales accueillent ainsi des groupes communautaires, des clubs de lecture, des séries de conférences, des projections de films et des soirées de poésie.

 

À mon arrivée dans la région, je me suis installée à Gatineau. Pressée de profiter de l’offre de la BPO, j’ai pris un abonnement pour non-résidents, qui me donnait accès aux programmes et services : un excellent investissement, car la BPO est rapidement devenue ma deuxième maison, et j’y ai découvert des activités qui rejoignent mes intérêts. Avec le temps, j’ai commencé à faire partie de « l’écosystème » communautaire de la Bibliothèque.

 

Au moment où j’écris ces lignes, la Ville d’Ottawa vient de dévoiler son « programme de mobilisation », qui demande aux Ottaviens leur avis au sujet de la conception de la future Bibliothèque centrale. Nous sommes dans une période charnière où nous avons l’occasion de consulter les gens, de discuter, de réfléchir, de critiquer et d’imaginer notre future bibliothèque. Il est très enrichissant de prendre part aux consultations publiques et d’être témoin de l’esprit communautaire et civique des Ottaviens qui réfléchissent à l’avenir de la Bibliothèque publique et à ce qu’elle représente pour eux. Selon moi, il est primordial que la Bibliothèque demeure un espace accueillant, accessible et inclusif pour tous, et que ceux dont la voix est marginalisée ou sous-représentée aient un sentiment d’appartenance, même longtemps après que l’attrait de la nouveauté se sera dissipé. La BPO et Bibliothèque et Archives Canada partagent une vision : « se fonder sur leurs valeurs communes pour offrir à leurs clientèles une expérience enrichie, de même qu’une programmation et des services communs qui seront uniques au pays. » Bien que ces objectifs soient louables, j’aimerais qu’on cesse d’employer le mot « client » pour désigner les usagers ou visiteurs, car je dois admettre que de voir ce terme affiché dans l’entrée de la succursale Centrale me dérange. En cette phase de consultation et de conception, j’aimerais suggérer à la Bibliothèque centrale d’Ottawa de placer l’humain au cœur de la relation client.

 

La BPO est le centre de ma vie à Ottawa. Depuis que j’habite ici, j’ai comme but de visiter toutes les succursales de la Bibliothèque. Bien que je n’aie pas encore accompli mon objectif, j’ai une préférence pour celles de Sunnyside, Rideau et Rosemount, et je visite la succursale Centrale lors de mes marches du midi, après le travail ou la fin de semaine. Ça vous dirait de vous joindre à moi?

 

La liste de lecture OPL Expériences BPO de Sarine :

Image: Le zèbre

Le zèbre

By Jardin, Alexandre
Image: This Is Not My Life

This Is Not My Life

A Memoir of Love, Prison, and Other Complications
By Schoemperlen, Diane
Image: The Sandcastle Girls

The Sandcastle Girls

A Novel
By Bohjalian, Chris
Image: Harvard Square

Harvard Square

A Novel
By Aciman, André
Image: Bel-ami

Bel-ami

By Maupassant, Guy de
Image: This Is Happy

This Is Happy

A Memoir
By Gibb, Camilla